Face au paludisme en RDC, le bon réflexe est de consulter rapidement pour faire un test dès qu’une fièvre fait suspecter la maladie. Si une personne devient confuse, convulse ou respire difficilement, il faut des soins immédiats. Le paludisme peut être soigné, mais une prise en charge précoce et adaptée est essentielle : reconnaître les symptômes ne suffit pas à poser le diagnostic.
Reconnaître les premiers symptômes sans conclure trop vite
Le paludisme est une infection causée par un parasite, transmis principalement par la piqûre d’un moustique anophèle femelle infecté. Les premiers signes les plus courants sont :
- une fièvre, parfois accompagnée de sueurs ;
- des frissons ;
- des maux de tête ;
- des douleurs musculaires et une fatigue inhabituelle ;
- parfois des nausées, des vomissements ou une diarrhée.
Ces symptômes peuvent rester discrets au début et ressemblent à ceux d’autres maladies. N’attends donc pas une forte fièvre ou des douleurs résistantes aux médicaments pour consulter. Les symptômes apparaissent souvent 10 à 15 jours après une piqûre infectante, mais ce délai varie : il ne permet ni de confirmer ni d’écarter le paludisme.
Chez l’enfant, observe aussi son comportement
Un enfant malade peut moins manger, vomir ou sembler inhabituellement abattu. S’il ne peut plus boire ou téter, vomit tout ce qu’il avale ou devient difficile à réveiller, c’est une urgence. Ces signes peuvent révéler un paludisme grave ou une autre maladie nécessitant des soins immédiats.
Les nourrissons, les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes sont particulièrement exposés aux formes graves. Avoir déjà eu plusieurs épisodes de paludisme ne donne pas une protection complète.
Les signes qui imposent des soins immédiats
Rends-toi sans attendre dans une structure de soins si tu observes l’un des signes suivants :
- confusion, somnolence anormale ou perte de connaissance ;
- convulsions, même si elles se sont arrêtées ;
- difficulté à respirer ;
- faiblesse extrême ou pâleur marquée ;
- urines très foncées ou contenant du sang ;
- yeux ou peau qui jaunissent ;
- saignements inhabituels ;
- chez l’enfant, impossibilité de boire ou de téter, ou vomissements de tout ce qu’il prend.
N’attends pas que la température atteigne 40 °C, ni que plusieurs signes soient réunis. Sans traitement, le paludisme à Plasmodium falciparum peut évoluer vers une forme grave, voire mortelle, dans les 24 heures. Ce délai décrit un danger possible, pas une période pendant laquelle tu peux attendre.
Si une personne convulse
En présence d’une fièvre ou d’une suspicion de paludisme, fais organiser une aide médicale urgente. Reste auprès de la personne, éloigne les objets dangereux et protège sa tête avec un vêtement plié. Si elle est allongée, tourne-la doucement sur le côté lorsque tu peux le faire sans forcer. Note la durée de la crise.
Ne bloque pas ses mouvements et ne mets aucun objet dans sa bouche. Ne lui donne rien à boire, à manger ou à avaler tant qu’elle n’est pas pleinement réveillée. Ces gestes protègent pendant l’organisation des soins ; ils ne traitent pas la cause des convulsions.
Fièvre sans signe de gravité : que faire concrètement ?
- Consulte dès que possible, idéalement le jour même. Signale depuis quand la fièvre a commencé, les autres symptômes et tous les médicaments déjà pris. Apporte leurs emballages si tu les as.
- Demande une confirmation par un test. Le soignant peut utiliser un test de diagnostic rapide, appelé TDR, ou un examen du sang au microscope, notamment une goutte épaisse. Les symptômes seuls ne permettent pas de choisir correctement le traitement.
- Fais expliquer le résultat et la suite. Un test positif nécessite une prise en charge adaptée. Il n’exclut pas qu’une autre maladie soit présente en même temps. Un test négatif doit conduire à rechercher une autre cause de fièvre ; il ne justifie pas de prendre malgré tout un antipaludique de ta propre initiative.
- Reconsulte si la maladie persiste ou s’aggrave. Un résultat négatif ne doit jamais faire ignorer un nouveau signe de danger. Le professionnel décidera si d’autres examens sont nécessaires.
Si aucun test n’est disponible sur place, demande au soignant comment poursuivre la prise en charge ou vers quelle structure être orienté. En présence de signes de gravité, l’organisation des soins urgents ne doit pas attendre une confirmation.
Pour les dépenses, demande au centre ce qui est pris en charge et quels frais peuvent rester à payer. Ne considère pas le test comme systématiquement gratuit dans toutes les structures publiques.
Suivre le traitement prescrit et savoir quand revenir
Pour un paludisme non compliqué à P. falciparum, les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, ou CTA, constituent le traitement de référence. Le choix du médicament et des doses appartient au professionnel de santé, en fonction notamment du poids, de l’âge, de la grossesse et de la gravité.
- Fais préciser les horaires, la durée et les modalités de prise avant de quitter le centre.
- Respecte toute la prescription, même si tu te sens mieux avant la fin.
- Ne réutilise pas les comprimés d’un proche et ne partage pas ton traitement.
- Si tu vomis le médicament, contacte rapidement le soignant pour savoir quoi faire, sans modifier seul les doses.
- Retourne consulter si tu ne t’améliores pas, si la fièvre revient ou si ton état se dégrade. Tout signe de gravité impose un retour immédiat.
Un paludisme grave nécessite une prise en charge hospitalière avec un traitement injectable. Si des vomissements répétés empêchent de garder les médicaments, retourne rapidement dans une structure de soins : la voie de traitement doit être réévaluée.
Pendant la grossesse, consulte sans attendre
Si tu es enceinte, signale-le dès l’accueil, même au début de la grossesse. Des traitements recommandés existent, mais le choix doit être médical : aucun médicament ne doit être présenté comme absolument « sans risque ». N’attends pas l’accouchement pour te faire soigner.
Protéger ta famille au quotidien
Utiliser et entretenir la moustiquaire
Dors sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide chaque nuit, y compris en saison sèche. Installe-la pour qu’elle ferme correctement autour du couchage, sans ouverture laissant entrer les moustiques. Vérifie les déchirures et répare les petits trous.
Pour l’entretien, suis la notice du modèle reçu ou les consignes du distributeur. Évite les lavages inutiles, le brossage énergique et le séchage en plein soleil. Un lavage doux au savon doux, suivi d’un séchage à l’ombre, fait partie des conseils usuels d’entretien des moustiquaires à longue durée d’action. La fréquence dépend des consignes du produit : un lavage mensuel systématique à l’eau seule n’est pas une règle à appliquer à tous les modèles.
Garde la moustiquaire loin des bougies, des braises et des flammes.
Compléter la protection et utiliser les services préventifs
- Porte des vêtements couvrants le soir et la nuit ; ne te fie pas à une heure fixe comme 17 heures.
- Si possible, équipe les fenêtres de grillages antimoustiques.
- En consultation prénatale, demande des informations sur le traitement préventif intermittent du paludisme. Son administration dépend de ta situation et doit être encadrée par le soignant.
- Pour ton enfant, renseigne-toi sur la vaccination antipaludique au centre de santé, avec son carnet de vaccination.
La vaccination antipaludique a été introduite en RDC en octobre 2024, avec une première phase de déploiement dans le Kongo Central. Demande au service de vaccination sa disponibilité dans ton aire de santé et le calendrier à suivre. Elle complète les autres protections : un enfant vacciné doit toujours dormir sous moustiquaire et être examiné s’il a de la fièvre.
Éviter les raccourcis qui retardent les soins
Une fièvre n’est pas automatiquement « le palu ». À l’inverse, avoir déjà eu le paludisme ne permet pas de reconnaître avec certitude un nouvel épisode. Ne remplace pas le test et le traitement par de l’huile de palme, de l’ail ou une tisane. L’OMS déconseille notamment les préparations végétales d’Artemisia pour prévenir ou traiter cette maladie.
Le réflexe à garder est simple : fièvre, consultation rapide et test ; signe de danger, soins immédiats. Prévois avec tes proches comment rejoindre une structure de soins si quelqu’un tombe malade la nuit. Ce guide aide à repérer les situations préoccupantes ; le diagnostic et le traitement nécessitent un professionnel de santé.
Sources et références
- Paludisme
- Paludisme — Questions et réponses
- Symptoms of Malaria
- Diagnostic testing
- Exploratory meeting to review new evidence for Integrated Management of Childhood Illness (IMCI) danger signs
- Case Management: Diagnosis & Treatment
- Training module on malaria control: case management — Guide for tutors
- First Aid for Seizures
- Guidelines for Long-Lasting Insecticidal Nets Care, Repurposing and Disposal
- La République démocratique du Congo introduit le vaccin antipaludique R21
Dr. Credo Kilongozi
