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Ituri : La monnaie ougandaise menace la souveraineté économique de la RDC – La sonnette d’alarme de la primature

Une délégation de la Cellule d’analyse des indicateurs de la primature tire une sonnette d’alarme après sa mission en Ituri : l’usage massif du shilling ougandais dans les territoires de Mahagi et Aru sape les fondements de la souveraineté monétaire de la RDC. Le franc congolais, colonne vertébrale de l’économie nationale, se voit relégué au second plan dans ces zones frontalières, selon le rapport rendu public ce mercredi.

Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Jean-Claude Rhushangire, expert en développement, pointe un cercle vicieux : « La défiance envers le franc congolais nourrit son instabilité, qui à son tour alimente la préférence pour le shilling ». Un paradoxe criant dans ces régions où près de 68% des transactions commerciales, y compris dans certains services publics, s’effectuent en devise ougandaise selon des estimations locales.

Cette réalité transfrontalière trouve ses racines dans une asymétrie monétaire préoccupante. Alors que le shilling ougandais affiche une inflation maîtrisée à 5,3% sur les douze derniers mois (Banque d’Ouganda, mars 2024), le franc congolais a subi des fluctuations atteignant 18% sur la même période dans l’Est du pays. Une instabilité qui dissuade les commerçants et même les administrations locales d’utiliser la monnaie nationale.

Les conséquences ? Un manque à gagner fiscal inquiétant. Lorsque les taxes sur les échanges transfrontaliers – estimés à 45 millions de dollars annuels pour le seul corridor Aru-Koboko – sont perçues en shillings, l’État congolais perd le contrôle de sa politique monétaire. Pire : cette pratique illégale crée une dépendance systémique où « chaque transaction en devise étrangère affaiblit notre capacité à réguler l’économie », insiste M. Rhushangire.

La solution passe par un plan de reconquête monétaire. Les experts préconisent trois axes : durcir l’obligation légale d’utiliser le franc congolais dans les services publics, créer des zones économiques spéciales pour booster la production locale, et renforcer les mécanismes de stabilisation du taux de change. « Si nous doublons la part des biens manufacturés locaux dans ces régions, nous réduirons de 40% la pression sur les devises », argumente l’expert.

L’enjeu dépasse l’économie : c’est l’intégrité territoriale qui se joue dans ces zones frontalières. Alors que Kinshasa multiplie les partenariats économiques internationaux, cette crise monétaire locale rappelle que la bataille pour la souveraineté passe aussi par le contrôle de sa monnaie. Les prochains mois diront si les mesures annoncées suffiront à inverser une tendance ancrée depuis des années.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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